En arrivant par la route au carrefour des oiseaux depuis Auvillars, on ne voit que lui: un bâtiment de briques à moitié emmailloté dans une immense bâche blanche depuis plusieurs mois.

Ce mercredi 6 mai 2026, par un temps pluvieux et frais, un groupe part à la découverte de ce site si bien protégé. L’ Ordre des architectes et son organisme de formation (CREPA), à l’initiative d’Olivier Juffard, architecte et Président de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine d’Auvillars, avaient proposé une visite des lieux.
Sous la houlette de Martin Bacot, Architecte en chef des Monuments Historiques, c’est la découverte non seulement d’un chantier hors normes qui a tenu en haleine les participants, mais aussi celle d’un lieu à l’histoire monumentale.
Ce bâtiment en cours de sauvetage depuis mars 2025, pour un budget global de 15 millions d’euros, c’est le Définitoire, classé au titre des Monuments Historiques : construit au XVIIe siècle, il abritait le chapitre général réunissant les abbés de tous les monastères cisterciens (742 en 1675), on y gérait la vie de l’Ordre tout entier. Il faisait partie d’un ensemble aujourd’hui disparu, comme en témoignent cette gravure et la maquette exposée à l’abbaye. Il s’agit du bâtiment visible au premier plan.


Dans les années 70/80, le Définitoire est en piteux état. La déchéance de l’abbaye, née en 1098, a commencé avec la Révolution française : pillée, démantelée, incendiée,
transformée en sucrerie, en communauté d’accueil, puis en colonie pénitentiaire, elle reprend vie en 1898 à l’initiative de la nouvelle propriétaire, Marie de Rochefort.


Aujourd’hui, il devenait urgent d’intervenir car la disparition de la toiture a engendré des dommages importants sur la structure même du bâtiment.


La toiture a donc été un point primordial de cette restauration, elle a été pensée pour faire écho à celle de la bibliothèque juste en face. La nouvelle charpente est réalisée avec les matériaux et la technique originels.

Dans le même temps, sur le pignon Est de l’édifice, les baies monumentales qui avaient été murées ont retrouvé leur fonction première : faire entrer la lumière. Il n’est pas prévu de réinstaller des vitraux comme à l’origine, le coût serait trop important, mais un projet de remplacement est en cours d’étude.

Actuellement, nous en sommes à la deuxième phase de travaux qui en comptera huit au total, les trois dernières étant consacrées à l’intérieur du bâtiment. Le chantier va durer encore quelques années.
Parallèlement aux financements publics (Fondation du Patrimoine, l’ Etat, la Région , le Département) le mécénat privé s’avère indispensable pour mener à bien l’ensemble du projet. On peut citer entre autres le monde viticole, particulièrement attaché à l’abbaye puisque c’est elle qui est à l’origine des vignes de la Côte de Nuits et du Clos Vougeot. Mais tout un chacun peut faire un don et ainsi mettre sa pierre à l’édifice…
Les hommes qui œuvrent au sein de cette entreprise, architectes et artisans, sont des professionnels reconnus investis dans leur mission. Ils n’ont rien à envier à Notre-Dame-De-Paris !