Vers le XIIe siècle, parallèlement à la construction du donjon, c’est probablement le duc Odo d’Argilly, seigneur d’Auvillars, qui fait édifier une chapelle seigneuriale : c’est l’acte de naissance de l’église paroissiale que nous connaissons aujourd’hui.

Plusieurs fois restaurée et remaniée jusqu’au XVe siècle, elle subit encore des modifications du XVIIe au XIXe siècles comme on peut le voir sur la façade nord.




Avant d’entrer, à l’ouest, l’édifice offre à la vue son clocher et ses deux baies géminées, un portail majestueux surmonté d’un socle qui soutenait autrefois une statue de Marie-Madeleine, à qui est dédiée l’église, ainsi que deux blasons dont les armoiries du seigneur bâtisseur ont été bûchées (rabotées) à la Révolution, comme dans toute l’église d’ailleurs. A droite, le baptistère en pierre du XVe/XVIe siècle sert aujourd’hui de vasque pour les fleurs.




Sur un cliché des années 80 de l’Inventaire du Patrimoine, on peut voir la trace en façade d’un porche disparu, probablement en bois, qui a pu ressembler à celui-ci :




La porte passée, on se retrouve dans le narthex, sous le clocher-porche. Au Moyen-Age, c’était un lieu réservé aux catéchumènes (personnes non baptisées) et aux énergumènes (ceux que l’on disait possédés par le Démon) : le Diable sculpté à l’entrée de l’espace sacré de la nef montre bien la limite qu’ils doivent respecter.

La voûte du clocher-porche est en croisée d’ogives et ornée d’une clé annulaire qui sert au passage des cloches. Elle repose sur 4 piliers décollés des murs, soit dans un but esthétique, soit pour soulager les murs latéraux.

Aujourd’hui, on accède au clocher par un escalier en bois, à droite ; il aurait permis autrefois aux villageois de se mettre à l’abri en cas de danger.

De chaque côté, sur le lambris en bois de la voûte, on peut voir à droite les armoiries de Louis Gallois, baron d’Auvillars de 1640 à 1670, et de sa femme Marie de Saulx-Tavannes, ainsi que celles de Jean Gallois, à gauche, père de Louis, et son épouse Jacqueline de Thésut.

Ce sont des infiltrations par la toiture qui ont ruiné le plâtre de la voûte, découvrant ce lambris peint.




A gauche en entrant, il faut noter sur le petit vitrail du XVIe siècle le seul blason qui n’a pas été détruit par les révolutionnaires en 1790. Il est enchâssé dans une fenêtre antérieure au XVIIIe siècle ; il s’agit d’un seigneur non identifié aux armoiries apparentées à celles de Broin et accompagnées de l’inscription « Seigneur d’Auvillars pour lui priez Dieu. »




A gauche de la porte, un baptistère visiblement creusé dans une ancienne colonne du XIIIe siècle (à confirmer) a été reconverti en bénitier, celui à côté est du XVIIe siècle, il est encore utilisé pour les baptêmes.




Au dessus de la porte, une vierge à l’enfant polychrome fin XVIe/début XVIIe, classée, rappelle la tradition viticole du village avec les grappes de raisin portées par l’enfant Jésus.

Passé le narthex, on pénètre dans la nef, longue de 25 mètres. Deux niches de style baroque qui se font face ont été créées au XVIIe siècle. On peut y voir deux statues modernes, à droite celle du curé d’Ars (canonisé en 1925) qui a remplacé celle de saint Joseph, malencontreusement endommagée lors d’un transport à la sacristie ; dans celle de gauche une Vierge de Lourdes.

D’après Laurence Blondaux, conservatrice-restauratrice de peintures murales, le décor bleuté pourrait être d’origine.

Au dessus de la tête de la Vierge et du curé d’Ars, on peut encore voir un oculus rayonnant qui a été bouché.

On retrouve ensuite la partie la plus ancienne de l’édifice qui s’étend jusqu’au chœur, orienté à l’est comme la plupart des églises chrétiennes, le soleil levant symbolisant la résurrection du Christ. Contrairement à l’architecture traditionnelle, il n’y a pas d’ « arc triomphal » qui sépare la nef du chœur.

L’autel est en chêne et noyer et date du XVIIIe siècle. Un dessin de 1698 de Louis Boudan (collection Gaignières), d’après un relevé de Pierre Palliot, représente la dalle funéraire de Jean de Saint-Hilaire, mort en 1420, avec en légende « Auvilliers, la Magdelaine, paroisse : tumbe dans le milieu du chœur devant le grand autel. » Cette dalle n’est plus visible, probablement cachée sous l’autel.

Les vitraux datent de la fin du XIXe et représentent Marie, Jésus et Joseph. Ils s’insèrent dans une baie agrandie au XVIIIe.




De chaque côté du vitrail, trônent deux statues en pierre polychrome fin XVe/début XVIe : une Marie-Madeleine au déhanché bourguignon caractéristique et un saint Claude, dont la présence pourrait s’expliquer par la proximité de la Franche-Comté (« comté » de Bourgogne jusqu’au XIIe siècle).

Mais la partie la plus intéressante est assurément la chapelle, dite de saint Jean-Baptiste, à gauche du chœur.

Une chapelle est un lieu réservé au service particulier du seigneur.

Dans un article de Gaëlle Tarbochez (Université de Bourgogne) pour la Revue de l’histoire des religions, il est noté que c’est Philippe de Courcelles qui en est le fondateur (14 décembre 1470) et qu’un mobilier spécifique y était attribué.




La porte d’accès en chêne, richement sculptée, est d’origine. Le blason des Courcelles y a été raboté, comme les autres. A côté, une baie ouvre sur le ch
œ
ur, fermée dans sa partie inférieure par une large dalle qui supporte le mausolée en marbre blanc de Pierre de Courcelles, mort en 1581.



Le gisant, à taille humaine, a été volontairement mutilé à la Révolution. Le seigneur est représenté dans son armure, accompagné des attributs de l’ordre de saint Michel en haut à gauche, de la corde de moine d’une confrérie non identifiée à droite.

Aux pieds, à gauche, le heaume et les gants indiquent que Pierre de Courcelles était chevalier du Duc. Le lion couché aux pieds (comme souvent pour les sépultures d’hommes) est une marque de force, de courage et de justice ; mais c’est aussi le symbole de la résurrection du Christ, car au Moyen-Age on racontait que les lionceaux mort-nés étaient ramenés à la vie par le souffle de leur père.

Une vierge bourguignonne en majesté du XVe siècle semble veiller sur le seigneur. Sculptée dans la pierre, elle était colorée à l’origine. Mais cela n’était pas du goût d’une paroissienne zélée qui l’a minutieusement décapée au milieu du XXe siècle… quelques traces de couleur subsistent dans les plis des vêtements.

Le gisant et la Vierge sont classés au titre des Monuments Historiques.




Dans la chapelle, on découvre des vitraux de la fin du XVe siècle. Celui au-dessus de l’autel en pierre, particulièrement remarquable, représente le calvaire du Christ accompagné de la Vierge Marie soutenue par Saint Jean et de Madeleine agenouillée. Au-dessus, dans de petits médaillons, les portraits de Philippe de Courcelles (donateur de la chapelle) et de son épouse Huguette Bouton de Chamilar. Tout en haut, sainte Véronique entre deux anges déploie le Saint Suaire sur lequel est imprimé le visage du Christ. Cette œ
uvre est classée.

De chaque côté du vitrail, au-dessus de l’autel, deux statues de la première moitié du XVIe siècle représentent à gauche saint Jean-Baptiste et à droite un saint évêque (classés).

A gauche et à droite de l’autel en pierre se trouvent les gisants en marbre (classés) exécutés par sculpteur dijonnais Jean Dubois, représentant les enfants de Louis Gallois, Noël et Henri, morts tous les deux en bas âge en février 1641.

Sur le mur de droite, on peut voir également une piscine gothique du XVe siècle qui recevait les eaux usées après le lavage des mains du prêtre.

Le tabernacle en chêne et la barrière datent du XVIIIe siècle.

Au sol, devant l’autel, trois dalles funéraires sont encore visibles.

Sur celle de droite, à côté du gisant, on peut lire « cy gist Jaque de Corcelles en son vivant seigneur et baron d’Auvillars, Pourlans, Bousselange, en partie de Mon taigny etc, eleus pour la noblesse en la comté d’Auxoune, lequel decedda le 19 juillet 1612 ».

Jacques était le frère cadet de Pierre, son cœur est enterré dans l’église de Bousselange. L’année du décès est erronée, les 2 derniers chiffres ont été inversés : en effet, sa fille Jeanne de Pourlans de Courcelles, abbesse du premier couvent cistercien pour femmes, vint à Auvillars pour veiller son père mourant en 1621, comme l’attestent les registres de l’abbaye.

Les stèles à côté sont celles d’Etiennette de Faucigny-Lucinge, vicomtesse de Sassenay, décédée à 35 ans, en 1820, et de l’un de ses trois enfants, Gaspard-Victor

Sur le mur nord, un autre vitrail de la même époque, restauré en 1897, représente la rencontre d’Anne et Joachim, les parents de la Vierge Marie, devant la porte d’or de Jérusalem.

A sa gauche, une petite cheminée très rudimentaire occupe le coin.

La voûte en croisée d’ogives est richement décorée de blasons aujourd’hui illisibles avec la couronne d’épines du Christ en clé de voûte.




Au sol, autour de l’autel, on peut voir les vestiges d’un carrelage vernissé à motifs, datant de la 2e moitié du XVe siècle, provenant de l’atelier d’Argilly. L’inscription « james » que l’on peut y lire évoque la devise des Courcelles, « pour jamais ». Ce carrelage est classé. Il a été en partie descellé et volé dans les années 80, ce qui avait entraîné la fermeture de l’église.

Face à l’autel, coté ouest, une porte s’ouvre sur l’extérieur. Elle est surmontée par un vitrail trilobé représentant une Vierge de l’Assomption couronnée d’étoiles. Cette porte permettait au seigneur et sa famille d’entrer et sortir avec un accès direct au château.

A l’origine, un auvent extérieur couvrait le passage (les corbeaux soutenant la charpente sont encore visibles).

Un décor en briques vernissées marque cette entrée de la chapelle.

La partie la plus récente de l’église est la sacristie, sur la façade sud. Elle date du début du XIXe siècle, c’est l’endroit où sont conservés les objets du culte et les vêtements sacerdotaux.

A Auvillars, on y trouve entre autres des antiphonaires du XIXe siècle (recueils des parties chantées de la messe), ainsi que les bannières et statues de procession (la bannière de saint Vincent est classée), les santons de la crèche, des chandeliers dont certains datent du XVIIe siècle.

La stalle du prêtre contre le mur à l’entrée, et la chaire à prêcher en face sont en chêne et datent du XVIIIe siècle.

L’intérêt patrimonial de l’église n’est pas récent puisqu’un compte-rendu de la Commission des antiquités en 1910 y consacre plusieurs pages, aboutissant au classement de plusieurs objets en 1912 et une inscription de la chapelle en 1925 au titre des Monuments Historiques. En 2025, c’est toute l’église qui est inscrite.

En 1909, la découverte de peintures murales très anciennes, faisant suite à celle de l’église de Bagnot, vient allonger la liste des objets protégés officiellement. Suite à sa visite de l’église en 2015, Laurence Blondaux parle de « décors peints de grande qualité, s’étendant très certainement au-delà de ce qui a été révélé et à d’autres endroits qui restent à découvrir ». En 2019, elle a procédé à la consolidation d’urgence de deux d’entre elles, particulièrement dégradées.

La première se situe à gauche de la porte d’entrée en entrant : elle représente un personnage debout habillé de rouge et d’un manteau gris clair, et tenant un crucifix. On aperçoit également Jésus crucifié avec le bras droit tendu.




La deuxième se trouve sur le mur Est de la chapelle. On peut y voir « un arbre aux écus », sur lequel on peut reconnaître les armes des Courcelles et celles des Tenarre « d’azur à trois chevrons d’or » (Philiberte de Tenarre était la mère de Pierre de Courcelles). On trouvait de tels arbres lors des joutes chevaleresques médiévales : les « pas d’armes ». La peinture a été dégradée ensuite par le scellement d’un blason en relief.

Les deux autres « fenêtres » dégagées sont protégées au titre des Monuments Historiques depuis 1912.

Il s’agit de représentations dont la première, sur le mur sud de la nef, met en scène saint Nicolas, tenant dans sa main gauche la crosse d’évêque et bénissant de la main droite des enfants dans un cuvier (rappel de la tradition viticole du lieu). Sa présence pourrait être une référence à une confrérie de bateliers (nous sommes très proches de la Saône) dont il est le saint patron.

Derrière lui, à ses pieds, le buste d’un homme barbu émerge alors qu’un autre personnage, non identifié, debout, tient un livre ouvert dans la main droite et appuie sa main gauche sur une épée. Peut-être sainte Catherine foulant aux pieds son persécuteur, l’empereur Maxence ?…




La dernière fenêtre, sur le mur nord de la nef, à gauche de l’autel, permet de voir une dame arborant un écu aux armes des Courcelles, dont la forme en losange est typiquement féminine ; elle est agenouillée en prière. Devant elle, son saint patron dont on ne voit que les chausses à bouts recourbés (dites « poulaines »), est volontairement représenté beaucoup plus grand.



On pourrait terminer la visite par le clocher si l’escalier de bois était plus fiable. Il faudra se contenter des photos prises par Olivier et Jean-Jacques, membres de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine : on y voit un superbe mécanisme d’horlogerie pour sonner les cloches datant du XVIIIe siècle, ainsi que les deux cloches fabriquées par Nicolas Mollot, fondeur à Dijon, l’une en 1817 et l’autre en 1844.

Les inscriptions gravées permettent de savoir que la première a été bénie par le père Joly, curé de la paroisse, et qu’elle a pour parrain et marraine Charles Philippe de Sassenay et Zoé Henriette Charlotte de Sassenay ; la seconde a été bénie par l’abbé Patron et elle a pour parrain et marraine Bernard Raoul de Loisy et Louise Victorine Emilie Achard de Loisy.




A l’extérieur, on peut remarquer que le mur au nord est totalement en pierres entre la chapelle et la niche baroque, qu’il n’y a pas de corniche en tête du mur comme sur ceux en briques, et donc que les chevrons en chêne sont visibles. On constate la même chose au même endroit du côté sud : ce pourrait être la trace de l’église primitive.




Sur le mur sud du clocher, il faut lever les yeux pour voir les vestiges d’un ancien cadran solaire dont on a très peu d’exemples en Bourgogne.



En résumé, nous sommes devant une église inscrite entièrement depuis avril 2025, et qui contient 12 éléments protégés au titre des Monuments Historiques. Au cours du temps, elle a bénéficié de divers travaux de restauration et réparation dont les traces les plus anciennes sont conservées aux Archives Départementales.

Le dernier chantier d’ampleur date de 1994/1995, avec la réfection de la couverture de la flèche du clocher, la pose d’un nouveau coq et la mise en place d’un paratonnerre. Ont suivi le nettoyage et la réfection des joints des briques, la réfection du portail et de la toiture, le drainage de la façade nord.

Aujourd’hui, il reste beaucoup à faire car ces dernières années, l’église n’a pas été une priorité. Les peintures murales s’abîment, un repiquage de tuiles serait nécessaire, le joug d’une cloche est en mauvais état. Des sondages réalisés dans la voûte de la nef ont révélé que le lambris de bois sous le plâtre était entièrement peint (cela avait déjà été évoqué par l’abbé Denizot vers 1866), ce qui fait de l’église un des rares exemples de ce type en Bourgogne. Les fresques sur les murs sont probablement très étendues et demanderaient des sondages supplémentaires.

Du pain sur la planche…

Sources :

Inventaire MH de la base Mérimée et la base Palissy (accès par :pop.culture.gouv.fr)

Association de Sauvegarde du Patrimoine d’Auvillars-sur-Saône

Laurence BLONDAUX, conservatrice-restauratrice de peintures murales

Archives de Côte d’Or

Compte-rendu de travaux de la Commission des antiquités, 1910.

Observations de Christian SAPIN, Directeur de recherches émérite du CNRS.

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