Depuis le printemps dernier, une drôle d’épidémie semble toucher les bois aux environs d’Auvillars : d’énormes engins (du type de celui ci-dessous) abattent les arbres, les découpent, rangent les troncs au bord des chemins, puis des camions viendront emmener tout ça…jusque là, rien d’anormal. Sauf que, à y regarder de plus près, des interrogations commencent à émerger et un certain malaise s’installe.






Tout a commencé en mars 2025. Pendant deux mois, une parcelle à l’entrée de la forêt est décimée : arbres arrachés, décapités, terrain défoncé, une coupe rase…et tout ça en période de reproduction des animaux, en particulier des oiseaux. Le résultat, c’est un paysage qui a désormais des airs de savane africaine. Contacté, l’ONF décline toute responsabilité car c’est une parcelle privée.

Puis cet automne, l’opération massacre a repris sur d’autres sites aux alentours : terrains défoncés, chemins rendus impraticables. Un vrai champ de mines, qui ne sera jamais remis en état si les communes concernées ne mettent pas les exploitants en demeure de le faire.

C’est le cas rue corne, vers la déchetterie. Un petit coin de campagne transformé en champ de bataille.




Même refrain chemin de l’étang en allant sur Broin. Le sable est remonté sous le poids des engins, c’est une patinoire avec l’eau qui stagne. Gilles entretenait bénévolement ce chemin, tout est à recommencer…




Chemin du Pleusin, ce n’est pas mieux, les traces des chenilles des engins témoignent de la démesure de l’opération.




Chemin de la prairie, vers la Vieille Saône, les inondations récentes n’ont pas arrangé la situation. On tient à peine debout dans ce bourbier. Tous ces chemins ne sont pas prévus pour supporter le passage répété de tels engins.




Alors certains pourront rétorquer que l’herbe va repousser. C’est vrai, sauf qu’un sol humide est très sensible au tassement, il se compacte, il ne peut plus absorber normalement l’eau et en ces temps de changement climatique, ce n’est pas à prendre à la légère. Nous sommes déjà soumis à la pollution des pesticides, faut-il maintenant se résoudre à voir disparaître cette campagne que nous avons choisie en venant habiter ici ?

Alors couper des arbres, oui. Mais pas n’importe comment : c’est d’ailleurs l’objet d’études très précises de l’ONF, qui détaillent la gestion raisonnée des coupes de bois en forêt domaniale. Et c’est peu de dire que le cahier des charges est contraignant !

Avant la coupe, le forestier s’assure que celle-ci n’entravera pas la capacité de renouvellement de la forêt (on choisit les arbres à couper) et qu’elle ne perturbera pas l’équilibre fragile de la faune, de la flore et des habitats.

La récolte du bois se fait avec des machines très performantes, utilisées de façon adaptée : on évite les périodes de reproduction des animaux, on circule uniquement sur des chemins dédiés appelés « cloisonnements », on travaille sur des temps courts pour minimiser la perturbation des lieux, avec des engins conçus pour limiter le tassement des sols et protéger les ouvriers (8 roues, chenilles en caoutchouc).

Après la coupe, les entreprises sont tenues de restaurer la parcelle, mais cette remise en état peut être différée si les conditions climatiques ne sont pas propices.

(Plus d’informations sur onf.fr)

Alors comment expliquer des pratiques aussi différentes ? Si la loi dit que « le défrichement d’une parcelle boisée est soumis à autorisation administrative dès le premier mètre carré », on peut imaginer que certains propriétaires ne se plient pas à cette injonction, ou que la DDT n’a pas les moyens humains de suivre les chantiers, ou qu’il n’existe pas de cahier des charges pour encadrer les travaux…

En attendant, voilà la preuve que le Service Public incarné par l’ONF est plus que jamais indispensable pour éviter le n’importe quoi, n’en déplaise à tous ceux qui pensent qu’il faut éliminer les fonctionnaires car ils coûtent trop cher à l’Etat.

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