Tout le monde ici reconnaît le blason de la commune, qui apparaît entre autre sur les courriers officiels de la mairie, son site internet ou les plaques de rues. Mais il y en a d’autres, plus discrets, que l’on peut observer dans l’église ou au château. Ils sont les vestiges de l’histoire locale, étroitement liée à l’histoire de France.

Dans le langage héraldique, cette science méconnue qui étudie les armoiries, voici le blason de la commune :
« d’or à la fasce ondée abaissée d’azur accompagné en chef d’un aigle de sable et en pointe de deux hures de sanglier affrontées de sable et surmontées d’une étoile six rais de gueules ; au chef d’azur chargé de deux quintefeuilles d’or ».
Ce qui pourrait être traduit par : « doré avec une bande ondulée bleue avec en haut un aigle noir et à la pointe deux hures de sangliers noirs qui se font face et surmontées par une étoile rouge à six branches ; au-dessus du bleu deux fleurs dorées à cinq pétales ».
Si la description est ainsi plus claire, il faut avouer qu’on perd toute la poésie de cette langue particulière aux accents de Moyen-Age. Et pour comprendre comment elle a pu arriver jusqu’à nous dans son état originel et d’où viennent les symboles des armoiries d’Auvillars, on ne peut pas faire l’impasse sur quelques notions d’Histoire.

Les premières armoiries apparaissent au XIIe siècle lors des tournois et sur les champs de bataille : méconnaissables dans leur armure qui les protège de la tête aux pieds, ce sont les motifs colorés sur les écus, les bannières et les caparaçons des chevaux qui permettent de distinguer les combattants. Ces motifs deviendront rapidement les emblèmes d’individus ou de familles. Les noms patronymiques naissent en même temps.
Sur le terrain des tournois, l’entrée des combattants est saluée par le son du cor (« Blasen », en allemand, d’où le mot « blason »). Puis un héraut d’armes (d’où vient le mot « héraldique ») décrit pour les spectateurs les armoiries de ceux qui vont combattre ; il doit savoir identifier rapidement et sans erreur les adversaires, sur les champs de bataille également. Il devient donc vite nécessaire de savoir décrire les armoiries de façon précise : c’est ce langage particulier qui est arrivé jusqu’à nous, volontairement compliqué par les hérauts eux-mêmes pour se rendre indispensables, et ce goût pour la complication s’est poursuivi au XVIIe siècle, puis au XIXe selon l’historien Michel Pastoureau.

Au XIIIe siècle, le blason devient héréditaire et sort du cadre guerrier pour s’étendre à toute la noblesse, puis chez les ecclésiastiques et les femmes : le rôle de celles-ci se développe en raison de l’absence et de la mortalité des hommes partis en guerre ou en croisades.
Au siècle suivant, d’autres couches de la société adoptent des armoiries, de la société noble au roturier fortuné, du bourgeois au paysan libre et possesseur de terres en passant par les artisans reconnus. C’est une véritable carte de visite à une époque où l’imagerie est primordiale dans une société largement analphabète.
Selon Michel Pastoureau, l’art héraldique atteint le paroxysme de l’exubérance à la cour de Bourgogne au XVe siècle. Il suffit de parcourir le Grand Armorial équestre de la Toison d’Or pour s’en rendre compte (essentiels.bnf.fr). Plus de 50 dessins à la gouache sont compilés dans ce recueil considéré comme l’un des manuscrits enluminés les plus spectaculaires de cette époque. Les chevaliers de l’ordre de la Toison d’Or, créé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1430, y sont représentés avec un faste stupéfiant. Le duc lui-même est représenté en majesté.

Pour les villes, au Moyen-Age, avoir des armoiries est un privilège pour celles qui ont obtenu du seigneur dont elles dépendent des lettres de liberté ou de franchise qui leur donnent une personnalité juridique. Le blason est alors le symbole de l’autorité de la commune et de la liberté de ses actes.
Seurre est l’une des premières villes de Bourgogne à obtenir lettre puis charte d’affranchissement de ses seigneurs au XIIIe siècle. Son blason n’a pas changé depuis.

Pour les toute petites communes comme la nôtre, le choix d’avoir des armoiries est souvent très tardif (XXe siècle). Il relève de la volonté de mettre en valeur son patrimoine historique local et de symboliser l’appartenance à une véritable communauté.
Si Bonnencontre a créé ses armoiries en 1991, Jallanges en 2016, c’est en 2009 que la municipalité d’Auvillars a décidé d’avoir les siennes à l’occasion de l’installation des plaques de rue.
A ce moment-là, il a fallu faire un inventaire des symboles propres à la commune, en retenir quelques-uns puis demander conseil à la Commission Nationale d’héraldique urbaine, gérée par les Archives Départementales. Car les armoiries obéissent à des règles très strictes en ce qui concerne les couleurs, les figures ou la composition. Avec en premier lieu l’interdiction de copier un autre blason.
Ainsi, on retrouve dans nos armoiries des symboles qui font référence à la géographie (la Saône qui traverse) et aux seigneurs qui ont marqué l’histoire d’Auvillars (le jaune et bleu des Courcelles, l’aigle des Vienne, les sangliers des Gonthier et les 2 quintefeuilles des Gallois).
Un mystère demeure : l’étoile rouge des Gonthier a 5 branches, il y en a 6 sur le blason de la commune…


L’église Sainte-Madeleine regorge de blasons, mais leur taille modeste demande un regard attentif pour les repérer. Ils représentaient les seigneurs bienfaiteurs de l’église.
La première chose qui interpelle, c’est que ces blasons sont illisibles. En effet, en 1790, l’Assemblée Constituante décrète la suppression de la noblesse et ses symboles ; les armoiries sont assimilées à des figures de la féodalité et donc abolies.
Les sculptures ont donc été bûchées, c’est à dire rabotées pour faire disparaître les figures. En observant bien, on peut repérer parfois les 2 épées croisées des Saint-Hilaire.




Le gisant de Pierre de Courcelles, chevalier du Roi, a également fait les frais de cette campagne de destruction. Malgré tout, on peut reconnaître en haut à gauche les attributs de l’ordre de Saint Michel, à droite la corde de moine d’une confrérie non identifiée.

Curieusement, des armoiries ont échappé au carnage : sur le vitrail à gauche en entrant, on peut voir celles d’un seigneur non identifié aux armoiries apparentées à celles de Broin et accompagnées de l’inscription « Seigneur d’Auvillars pour lui priez Dieu ».

De chaque côté de la porte, peintes sur le lattis de la voûte, on peut voir également les armes des Gallois. A droite, celles de Louis, baron d’Auvillars de 1640 à 1678 et de Marie de Saulx-Tavannes, son épouse ; à gauche celles de Jean (père de Louis) et de sa femme Jacqueline de Thésut. Elles ont peut-être été badigeonnées avant d’être redécouvertes.


De la même façon, une peinture murale très dégradée à gauche de l’autel a été mise au jour. On peut y voir une dame d’Auvillars en donatrice, accompagnée de ses armoiries sur lesquelles on peut reconnaître les épées croisées des Saint-Hilaire et le lion des Vienne. La forme en losange du blason était caractéristique des blasons féminins.

Après la Révolution, les armoiries sont rétablies par Napoléon 1er.
Aujourd’hui, leur puissance visuelle inspire notre quotidien bien plus qu’on ne pourrait le croire : signaux routiers, drapeaux, logos sportifs ou industriels, notre environnement en est imprégné, parfois avec des racines très lointaines. En effet, qui imaginerait que le lion des voitures Peugeot vient du XIIIe siècle ? Car le lion est l’emblème de la Franche-Comté, région qui a vu naître la marque Peugeot à la fin du XIXe siècle.

Du côté du château, chaque famille qui y a séjourné a dû laisser sa trace au travers de ses armoiries. Les occupants actuels n’auront pas dérogé à la règle.

Tous mes remerciements à Lisbeth, fine connaisseuse de l’église sainte-Madeleine
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